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Un début de carrière empêché

Pourquoi le début de carrière d’Asmahan a-t-il été difficile ?

Portrait de groupe avec Farid et Fouad al-Atrache, Asmahan et le Prince Hassan al-Atrache, Syrie, circa 1920 Beyrouth, Fondation arabe pour l’image, collection Faysal el Atrash © The Arab Image Foundation
Asmahan, chanteuse et actrice (Entre Athènes et Beyrouth, 1912 ? - Le Caire, Egypte, 1944)

Alors qu’elle n’est encore qu’adolescente, Asmahan reçoit une éducation musicale solide, prodiguée par les grands compositeurs de l’époque, afin de préparer sa voix à la scène. C’est un rêve qui se réalise pour cette jeune fille cairote qui, comme beaucoup de jeunes de son âge, a longtemps rêvé au monde de la musique et du cinéma en écoutant les plus grands succès de Oum Kalthoum et de Mounira al-Mahdiyya.

Cette passion, elle la partage avec son frère Farid, virtuose du oud, avec qui elle va régulièrement au cinéma. Bien qu’encouragée par leur mère, cette attraction pour le monde du spectacle n’est pas du goût de l’aîné de la fratrie, Fouad, qui voit d’un mauvais œil l’intérêt porté à un univers à mille lieux de leurs origines princières et encore décrié à l’époque. Âgée de seulement 14 ans, Asmahan monte pour la première fois sur la scène de l’Opéra du Caire avant de se produire régulièrement dans le célèbre cabaret de Mary Mansour. Elle signe son premier contrat avec Columbia pour quinze enregistrements, puis chante à l’opéra. Désormais célèbres, le frère et la sœur sont invités par Talaat Harb Pacha (le fondateur de la première banque égyptienne) à chanter lors d’une soirée musicale, puis à d’autres réceptions au plus haut niveau de l’État.

Alors que se dessine un destin tout tracé pour les deux cadets, la famille se déchire. Fouad désapprouve de plus en plus l’éventualité de carrières artistiques, particulièrement pour Asmahan. Sous la contrainte, la jeune fille rencontre son cousin, Hassan al-Atrache, venu de Syrie au Caire en 1933 pour demander sa main. Très réticente, elle accepte cette proposition qui met temporairement fin à sa carrière. Trois conditions sont néanmoins imposées à son futur époux : qu’ils vivent à Damas plutôt que dans les montagnes druzes, qu’ils passent l’hiver au Caire et qu’elle ne soit pas obligée de porter le mandil, le voile traditionnel druze.

Débute pour elle, en Syrie, une vie de femme au foyer tumultueuse. Le couple s’installe dans les montagnes druzes, et non à Damas comme elle l’escomptait. Les relations entre la jeune femme, devenue dépressive, et son époux s’avèrent difficiles, ponctuées de violentes disputes.

En 1939, après six ans de mariage, elle donne naissance à une fille, Camelia, et reprend sa carrière au Caire. Ce choix sonne la fin de son mariage et le divorce est prononcé alors qu’elle tourne son premier film, Le Triomphe de la jeunesse (lnstisar al-Shabab), réalisé par Ahmad Badrakhan. Lors de leur dernière confrontation, la chanteuse aurait déclaré à son ex-époux : « Je me suis tenue à vos côtés pour l’indépendance et la libération. Mais j’ai été créée dans un autre but. Je préfère le travail de Farid, le travail d’Oum Kalthoum et l’art. »
Hajer Ben Boubaker

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